Des récoltes fragilisées aux tablettes premium: le cacao change de statut. Entre rareté, traçabilité et goût, voici ce qui rebat les cartes du chocolat.
Le cacao vit une transformation du marché sans précédent. En 2024, les prix du cacao ont atteint des niveaux historiques, dépassant à plusieurs reprises les 10 000 dollars la tonne. Cette flambée traduit une rareté croissante du produit, plus qu’une simple volatilité des cours. Elle annonce une revalorisation durable du cacao dans l’économie et dans l’imaginaire des consommateurs.

Plusieurs forces se combinent. Les aléas climatiques perturbent les récoltes en Afrique de l’Ouest, avec des épisodes El Niño, des pluies intenses et des maladies comme la “black pod” et le swollen shoot. La concentration de la production amplifie ces chocs: la Côte d’Ivoire et le Ghana assurent ensemble une large part de l’offre mondiale.
Goûts, demande et montée en gamme
La demande mondiale progresse, portée par l’Asie et par de nouveaux usages premium en Europe et en Amérique du Nord. Les consommateurs recherchent davantage de pourcentages élevés de cacao, des origines uniques et une traçabilité crédible. Le mouvement “bean-to-bar” valorise le savoir-faire, l’origine et les fermentations maîtrisées.
Cette montée en gamme ne se résume pas au marketing. Les certifications et les contrôles de chaîne de valeur ont un coût. Les marques investissent dans la qualité post-récolte, la logistique réfrigérée et la transparence. Le résultat se voit en rayon: tablettes plus petites, recettes épurées, storytelling d’origine, positionnement prix en hausse, parfois assumé comme un signe d’exclusivité.
Ce que cela change pour marques et consommateurs
Côté industrie, la hausse des prix du cacao oblige à arbitrer. Certaines entreprises couvrent mieux leurs achats. D’autres reformulent pour réduire la teneur en cacao, au risque d’affaiblir le goût. La réforme des recettes et la “shrinkflation” deviennent visibles sur les formats.
Au-delà du produit, l’enjeu est social. La rémunération des planteurs reste le talon d’Achille. La Côte d’Ivoire et le Ghana ont instauré un différentiel de revenu (LID) de 400 dollars/tonne pour améliorer le revenu des producteurs. Quand les cours montent, cet effort doit s’accompagner d’investissements dans la qualité, la santé des cacaoyers et la lutte contre la déforestation. Les initiatives d’alignement existent, mais la mise à l’échelle reste difficile.
Et maintenant ? Si les prix restent élevés, le cacao deviendra un bien de luxe au quotidien: portions à déguster, séries limitées, boutiques d’artisans, expériences de “tasting” proches du vin. L’autre voie est productive: agroforesterie et diversification variétale pour rendre les cultures plus résilientes, avec des partenariats à long terme entre marques et coopératives. La question n’est plus “le chocolat sera-t-il plus cher ?”, mais: “quelle qualité, quel impact et quel partage de valeur sommes-nous prêts à soutenir ?”





